20 juin 2004

NAISSANCE DU PROJET

DES AUTEURS EN HERBE !

Le mardi 09 mars 2004, LE MAG DE HUG a suivi pour vous, la première matinée de l'écrivain Guy JIMENES  au collège JEAN ROSTAND de Biarritz, où il travaille avec des jeunes de SEGPA1 et d'U.P.I2, à l'élaboration d'un roman de science-fiction.

Il a répondu aux questions, en toute simplicité. D'autres protagonistes du projet apportent également leur témoignage.

protestsom 

Couverture du livre la protestation évoqué dans l'interview.

Ce roman est disponible aux éditions (Somnambule équivoque, collection Som'ado, 2010.)

Interview de Guy JIMENES :

H L.C : Comment vous est venue l'envie d'écrire ?

G. J : je pense vraiment que c'est la lecture. C'est le fait d'avoir lu des histoires, d'avoir lu des livres, qui m'a donné envie d'écrire.

H.L.C : J'ai lu, avant de vous rencontrer, « LA PROTESTATION », un livre que vous avez écrit, il y a plusieurs  années. Ce roman vous a permis de recevoir le prix du ministère de la jeunesse et des sports. Expliquez-moi en quelques mots, ce que ce prix représente pour vous ?

G. J : c'est un prix que j'ai reçu il y a déjà une douzaine d'années, c'était en 1992. Pour moi ça a été quelque chose de très important, par ce que la caractéristique de ce prix, est qu'il a été remis non pas à des livres mais des manuscrits. J'avais écrit une histoire que j'ai envoyée, sans qu'elle soit éditée, à un concours sur manuscrits ; on ne mettait pas vraiment son nom, on mettait un pseudonyme. Il n'y avait pas du tout de raisons commerciales : est-ce que ça serait bien d'éditer ce livre ou pas ?… On jugeait vraiment un texte. Et donc le jury a jugé cette année, que la protestation était un bon manuscrit. Et ça m'a vraiment beaucoup tou­ché. Et puis, j'ai eu la chance que le manuscrit soit édité l'année d'après. C'est vraiment pour moi un souvenir important, oui c’est une récompense qui m'a fait vraiment très très plaisir, surtout pour un livre qui me tenait beaucoup à cœur, qui me tient toujours à cœur même 10 ans après.

H L.C : Quand je l'ai lu, ce livre m'a beaucoup fait penser au journal d'Anne FRANK. Expli­quez-moi comment est né  ce livre ?

G. J : Ça me touche que tu laies lu en ayant un sentiment de quelque chose de vrai, comme si c'était une espèce de témoignages, comme pouvait l'être le journal d'Anne FRANK. Il n'y a pas du tout dans mon livre cette dimension autobiographique, c'est vraiment un roman, c'est vraiment une fiction. Mais en même temps, il est nourri de choses, qui sont très per­sonnelles. J'ai vécu jusqu'à l'âge de  9 ans en Algérie. J'y suis né, au moment de la guerre d'Algérie. Et je crois, que j'ai été marqué par des ambiances d'insécurité, de peur, de vio­lence.

Dans le village où j'étais, il y avait des enlèvements, il y avait des attentats.

C'est quelque chose, quand on est enfant, qui marque beaucoup. Et l'histoire que j'ai racon­tée dans « LA PROTESTATION », trouve un peu une origine là-dedans. Avec la disparition de ce père. Puis, j'ai mélangé ça aussi avec quelques choses, que j'ai connu beaucoup plus tard : c'était quand j'avais une vingtaine d'années, le moment où au Chili le Général PINOCHET a pris le pouvoir pour instaurer une dictature militaire. Et donc, j'ai un petit peu traité comme ça de la violence, de la non violence. Ce sont des thèmes qui me tiennent à cœur, et par le biais d'un roman, je pense qu'on peut exprimer des fois des émotions, des ressentis puis quelquefois aussi des idées qu'on peut avoir sur tout ça.

H L.C : Vous avez commencé ce matin, un travail d'écriture avec des jeunes de SEGPA et d'U.P.I du collège JEAN ROSTAND. Alors je voulais savoir ce que ça représente pour vous de faire partager votre passion ?

G. J : Eh bien voilà, je crois que c'est exactement ça, c'est faire partager ma passion pour  l'écriture. Je crois que quand on écrit, enfin en tout cas moi, mais je pense que c'est le propre de beaucoup d'écrivains, on est dans son coin, on est seul entre ses quatre murs, on écrit des textes. On a quelquefois la chance qu'ils soient publiés, les livres existent, mais à l'autre bout, qu'est-ce qu’il se passe ? Et donc là, ça me permet de rencontrer à l'autre bout de la chaîne si on peut dire, les lecteurs, et puis d'avoir des réactions par rapport aux textes écrits. Et puis, je trouve que c’est important de sortir un peu de sa tour d'ivoire quand on est écrivain c'est bien aussi d’aller dans la vie réelle et de rencontrer son public, ses lecteurs.

Ce matin, un des premiers gestes que les élèves ont eu dans la classe, c'est de me donner un livre que les jeunes ont écrit l'an dernier, grâce à l'aide de Philippe BARBEAU, un écrivain qui est intervenu comme moi j'interviens cette année. Je trouve que c'est formidable d'avoir abouti à un résultat concret, qui présente bien, qui est agréable, derrière lequel on sent qu'il y a eu beaucoup de travail, et en même temps beaucoup de passion, et de plaisir et c'est le plus important.

H L.C : Donc selon vous le premier contact s'est bien passé ?

G. J : Selon moi oui, mais c'est toujours un peu difficile les débuts, parce que, comment faire naître ?... C'est même assez émouvant d'être au début d'une histoire, qui reste embryon­naire, il y a tellement d'idées différentes qui peuvent même être un peu opposées. Alors on essaie de trouver ensemble comment dégager un début d'histoire. Comment se lancer vrai­ment dans l'écriture concrète, c'est toujours des moments un petit peu délicats et fragiles mais j'ai le sentiment que ça c'est bien passé ce matin, oui.

Jon un élève de la classe U.P.I, explique ce qu'il pense de ce projet d'écriture :

« Je trouve, que ce projet d'écriture c'est bien, parce que, cela nous ouvre des portes vers la littérature. Je pense qu'on fait des progrès au CNED3, quand on m'a des rédactions ou des dictées. Enfin ça ne m’a pas empêché d'avoir un zéro sur dix en dictée, mais je trouve que ça permet de voir la SEGPA, une classe avec qui on fait ensemble un livre et je trouve que c'est bien et qu'on fera ça l'année prochaine. »

Gracianne PARDON, l'une des instigatrices du projet est professeur de français de la classe SEGPA qui participe à l'élaboration du roman de science fiction, explique comment est né ce projet :

« Cela fait maintenant quatre ans que j'enseigne à la SEGPA du collège JEAN ROSTAND.

Lorsque j'y suis arrivé, la collègue que je remplaçais avais reçu dans sa classe, l'année sco­laire précédente, un auteur de littérature de jeunesse, Djhad DARWICHE, avec lequel, les élèves avaient découvert ses propres contes arabes, avaient été initiés à la calligraphie arabe et avait écrit leurs contes.

L'intervention de cet auteur avait été possible grâce à une association biarrote « JEUNES EN LETTRES », qui n'existe malheureusement plus aujourd'hui.

 Ma collègue parlait du projet avec enthousiasme et affirmait que cela avait particulièrement bien fonctionné. J'ai trouvé le principe très attrayant et il m'a semblé que ce serait une bonne idée de poursuivre ce qu'elle avait commencé.

Ainsi, quatre auteurs se sont succédés dans ma classe et dans celle de l’U.P.I (les élèves de l’U.P.I  nous ayant rejoint la deuxième année). Chantal GOLOVINE pour écrire de la poésie, Guillaume GUERAUD pour le fantastique, Philippe BARBEAU pour le policier et cette année, Guy JIMENES pour la science-fiction : quatre types décrits bien distincts.

Mettre en place un projet d'écriture n'est pas franchement simple : il faut particulièrement s'investir dans sa préparation pour que ces effets puissent être notables.

Tout d'abord, faire venir un auteur reconnu et publié son propre livre à un coût ; de plus, il faut aussi acheter toute la bibliographie de l'auteur et un livre par élève. En fait, un tel projet nécessite environ 3000 € !

Pour obtenir une telle somme, à la fin de l'année (pour l'année suivante), il est nécessaire de constituer un projet culturel qui fera partie du projet d'établissement et qui sera soumis à une décision -favorable ou non- qui lui permettra de percevoir des subventions -ou non ! -Par divers « organismes » : l'Education Nationale, le Conseil Général, la DRAC4.

Ce projet annonce les partenaires culturels (en ce qui nous concerne, il est nécessaire de mentionner qu'un libraire de Biarritz nous parraine), donne un descriptif de l'action, les ob­jectifs généraux et spécifiques, les modalités de mise en œuvre et le budget prévisionnel.

Cependant, il faut aussi noter que, sans un travail d'équipe des professeurs sur le terrain, rien n'est possible.

Travailler en projet permet d'accroître la motivation des élèves et de donner un sens à ce qui est demandé et produit. Aussi, un tel projet permet de vivre avec les élèves de merveilleux moments que, ni eux, ni nous (les professeurs), nous n’oublierons.

Entre nous, qui a déjà eu la possibilité de publier un livre dont il a été un des auteurs ? Qui a déjà rencontré des auteurs de littérature de jeunesse dans de telles conditions ? »

Signification des abréviations :

1. SEGPA : Section d’Enseignement Général Professionnel Adapté,

2. U.P.I : Unité Pédagogique d’Intégration,

3. CNED : Centre National d’Enseignements à Distance,

4. DRAC : Direction Régionale des Affaires Culturelles.

 

 

 

 

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